Innovation & expérience client – quel rôle pour les investisseurs ?

Les investisseurs sont-ils de simples fournisseurs de carburant ou doivent-ils stimuler l’innovation auprès de leurs participations ?


 

La France peut être fière de son image de pays innovant sur la scène internationale. Un ADN qui vient probablement du sport national qui consiste à toujours trouver un moyen de contourner les règles !

Innovation et expérience client sont devenus 2 sujets stratégiques et qui marchent côte à côte. Une récente étude IBM illustre la préférence des dirigeants à investir à 68% dans l’expérience client contre 19% dans les produits. Le poids de l’expérience client devient, disons … significatif.

Si innovation & expérience client fonctionnent ensemble, elles impliquent à la fois un état d’esprit entrepreneurial et des investissements appropriés. Pour en parler, nous rencontrons un entrepreneur et investisseur : Adrien Chaltiel, fondateur de la plateforme de financement ELDORADO.CO

Adrien-CHALTIEL

Portrait

Entrepreneur depuis 10 ans, papa amoureux de ses 2 enfants et passionné de rugby, Adrien est un homme aussi charismatique que respectueux des personnes qu’il croise.

Passionné par l’écosystème des startups en France et l’effervescence qui l’accompagne, Adrien est celui qui a dopé la croissance du magazine Décideurs en pilotant Leaders League, faisant passer la structure de 70 à 150 personnes. Une fois atteints ses objectifs, Adrien vend ses parts et l’exit lui permet de devenir Business Angel. Puis, il revient à la création d’entreprise animé d’une croyance forte : on réussit quand on est passionné par ce que l’on fait.

Interview

Ludovic : Adrien, comment est né le projet ELDORADO.CO et quelle est sa mission ?

Adrien : après Leaders League, j’ai voulu créer une entreprise fondée sur ma passion des investissements. On constate qu’il y a une forte évolution de la culture entrepreneuriale en France avec de plus en plus d’acteurs qui y contribuent, ce qui crée un contexte favorable à cet essor de nouvelles entreprises. Il y a également de plus en plus de fonds disponibles.

Face à ces indicateurs très positifs reste une difficulté réelle : la connexion entre ces acteurs. C’est vrai tant pour les entreprises qui cherchent à lever des fonds que du côté des investisseurs qui cherchent où investir. Comme je viens du business des job boards où l’on fait de la mise en relation, j’ai créé la plateforme Eldorado.co

Ludovic : alors c’est quoi la promesse de cette plateforme ?

Adrien : la promesse est d’aider les entreprises à trouver des fonds au moment où elles en ont besoin & de manière adaptée à leur stage, en les mettant en relation avec les investisseurs à la recherche de projets qui correspondent à leur structure. La vision c’est de créer la plus grande market place du financement en France puis dans le monde.

On a passé beaucoup de temps à développer un puissant algorithme qui va matcher les profils, les projets et les investisseurs. L’objectif à terme est de regrouper tous les investisseurs potentiels et de constituer un annuaire complet des startups et des investisseurs en France. Nous avons également recensé toutes les formes de subventions qui existent par type de projet. En terme de projet, jusqu’à 3 millions tout est automatisé sur la plateforme et, au-delà de 3 millions ou sur un montage complexe, l’entreprise est accompagnée par un ou plusieurs Business Analysts au sein de l’équipe ELDORADO pour la mise en relation, la stratégie de financement, le plan de financement, …

Ludovic : et il y a 12 personnes après 4 mois d’activité je crois ?

Adrien : c’est ça et nous avons des recrutements en cours

Ludovic : je sais que tu es très attaché à la culture dans une entreprise et aux personnes qui la façonnent ; la culture Eldorado.co ressemble à quoi ?

Adrien : la culture tourne autour de la bienveillance pour sincèrement aider l’entreprise à trouver ses financements et à se développer. Ensuite il y a la notion d’autonomie, et le modèle de plateforme permet d’apporter cette autonomie. Puis la satisfaction des clients fait partie des valeurs de la société. Enfin, nous avons une équipe très optimiste et positive pour apporter des réelles solutions à tous les utilisateurs de la plateforme.

Ludovic : ça c’est partout non ? ça se traduit comment chez Eldorado ?

Adrien : par exemple nous sommes ultra proches des early adopters, car c’est ce qui construit réellement notre connaissance des clients et nous permet de faire évoluer notre expérience client. On peut se rater dans le produit ou le service que l’on propose parce que cela peut évoluer en apprenant, mais on ne se rate jamais dans la relation avec chaque client car chaque client est unique et c’est lui qui construit ta réputation.

Ludovic : bien, la perche est tendue pour l’expérience client ! Mais rapidement avant d’aborder le sujet, comment se situe la France sur le marché de l’investissement ?

Adrien : je ne suis pas fan des comparaisons entre les écosystèmes (France / UK / USA / Israël…). Je préfère observer ce qui se passe autour pour s’améliorer. D’ailleurs, la France est en pleine explosion avec une stimulation réelle de l’Etat pour créer des champions du numérique. Ce qui va à la fois dans le sens de l’emploi et d’un rôle politique sur les deep tech pour rivaliser avec les géants US et chinois.

Ludovic : quels sont les chiffres que l’on peut retenir ?

Adrien : la France injecte 16 milliards par an dans l’innovation avec la BPI et différents dispositifs fiscaux ; puis on compte 4 milliards en levées de fonds privées. Les investissements privés sont en croissance de +40% par an. Alors, si on compare, la France est à 20 milliards par an face aux USA qui sont à 92 milliards de financement de l’innovation. Mais la taille du marché n’est pas comparable en soit, et surtout, le mindset de la French Tech a seulement 5 ans et rattrape celui de la Silicon Valley qui lui a plus de 20 ans.

Ludovic : comment se découpe l’offre des investissements pour les entreprises françaises ?

Adrien : il y a une forte attractivité en France avec :

  • Les VC (Venture Capital), ils sont 170 en France
  • Les Family Offices, qui sont une particularité française représentée par les familles fortunées qui souhaitent diversifier leurs investissements
  • Les CVC (Corporate Venture Capital), des structures d’investissement créées par les entreprises industrielles
  • Les Club & Associations d’investissement
  • Les Business Angels, c’est le financement par les personnes physiques
  • Les plate formes de crowdequity

Donc le marché français part d’assez bas, mais c’est celui qui a la plus forte dynamique de croissance !

Ludovic : merci pour cette cartographie du marché ; en terme de mindset, est-ce qu’il faut distinguer les VC (Venture Capital) du PE (Private Equity) ?

Adrien : oui, le mindset des VC & du Private Equity est différent. C’est lié à leur background et à leurs objectifs qui sont différents. Globalement, un VC investit sur une équipe quand un Private Equity investit dans une entreprise. Mais pour se positionner sur les accélérations du marché des startups, on constate que les fonds de Private Equity créent des branches dédiées au Venture Capital.

Ludovic : bonne capacité à s’adapter au marché. En parlant d’évolution de marché, on sait que l’expérience client devient le sujet clé des entreprises en croissance : les perspectives d’investissement sont de 19% dans les produits contre 68% dans l’expérience client. C’est énorme !

Dans ce contexte, penses-tu que les investisseurs doivent rester de simples fournisseurs de carburant ou doivent-ils jouer un rôle stimulateur d’innovation auprès leurs participations ?

Adrien : en théorie, les investisseurs doivent laisser les participations travailler sur leurs produits. Ce sont les entreprises qui connaissent le mieux leurs marchés. Et si un investisseur est entré au capital, c’est que l’histoire de l’entreprise est positive.

En revanche, un investisseur doit apporter tout ce qui est nécessaire pour que son investissement se transforme en profit. L’expérience client est un point clé dans la croissance d’une entreprise. Cela est tout à fait normal qu’un investisseur s’assure auprès de ses participations que ce sujet est intégré dès les premières versions pour une startup, ou dans l’évolution de l’offre d’une société déjà mature. 

Ludovic : et le Service Design ? Dans un contexte d’investisseur, chez Baumgartner Red nous disons que le Service Design est le Due Diligence de l’expérience Client. Comment définirais-tu le Service Design ? 

” Le Service Design, c’est l’ADN de la relation que je vais instaurer avec mes clients “

Adrien : pour moi le Service Design c’est l’ADN de la relation que je vais instaurer avec mes clients. Comment je vais construire l’ensemble du parcours, et cela démarre avec les recrutements. Les premières personnes qui intègrent une société vont la définir sur plusieurs années. Et c’est avec les équipes que l’on construit une expérience client, pas uniquement avec des outils. 

Ludovic : belle définition ! Merci pour cet échange Adrien. Toujours en quête de nouvelles idées, après New York que tu connais bien, tu m’as dit partir quelques jours explorer le marché des investisseurs & des startups en Israël. Je te souhaite donc un excellent séjour Adrien ! 

Adrien : merci Ludovic, ce devrait être un voyage passionnant ! 

 


Interview avec Adrien Chaltiel – Eldorado.co
Innovation & expérience client ; quel rôle pour les investisseurs ?

Baumgartner Red – Cabinet Conseil en Innovations et Expériences Clients