Interview avec Denis Jacquet : la technologie au service d’un monde meilleur
This is DayOne


 

A l’aube d’une nouvelle année où certaines tendances parlent de « collapsologie », c’est à dire la fin du monde puisque notre traitons si mal notre Terre, d’autres agissent pour construire le monde de demain.

Denis fait partie de ces personnages qui ont une belle vision pour notre monde, qui la partage avec bienveillance et une authentique candeur. Mais ne vous y trompez pas ! Diplômé HEC, Denis Jacquet est un véritable entrepreneur. D’ailleurs son plus grand talent est de savoir passer de l’idée à l’exécution !

Sa dernière récidive : le DAYONE et la Fondation Re-Skilling initiative

Portrait

Si on regarde bien, toutes des activités de Denis sont tournées vers les autres :

  • Fondateur de la société de e-learning EduFactory
  • Fondateur de l’association Parrainer la Croissance qui stimule un réseau de 4 000 PME & Startups
  • Co-fondateur de l’observatoire de l’Uberisationet la co-rédaction du livre « un ennemi qui vous veut du bien »
  • Co-rédacteur d’u nouveau livre « Pourquoi votre prochain patron sera chinois »
  • Fondateur de l’événement international DayOneMovement, destiné à aider le monde à s’adapter aux bouleversements technologiques, qui vient de se dérouler en décembre dernier à Monaco sous le Haut patronage du Prince Albert II

Les faits sont là !

 

denis-jacquet-dayone-monaco

Interview 

Ludovic : bonjour Denis ; merci de nous accueillir chez toi

Denis : tu es toujours le bienvenu mais c’est un peu en désordre, je pars bientôt en voyage pour “couper” totalement !

Ludovic : ça on en reparle tout à l’heure. Pour commencer, je te propose de parler du DAYONE Movement. On vient de passer 2 jours formidables à Monaco où le Prince Albert II a décidé d’accueillir l’événement cette année et les éditions suivantes. Tu as fait participer des géants pour lancer un mouvement entrepreneurial, humain et international.

Alors comme on parle souvent du « WHY » pour un client ou pour un entrepreneur .. c’est quoi ton WHY pour le DAYONE, qu’est-ce qui t’a déclenché pour lancer un tel mouvement ?

Denis : le déclencheur du Mouvement DAYONE, c’est un long processus qui a démarré avec la rédaction de mon livre & les conférences sur l’observatoire de l’ubérisation ; au total cela a représenté plus de 300 conférences et quelque 250 000 personnes rencontrées, issues de tous les milieux économiques, à peu près toutes les cultures dans 8 pays. Cela m’a permis de réaliser qu’il y avait une profonde méconnaissance des impacts de la technologie dans nos sociétés, que notre compréhension du pourquoi et du comment reste trop superficielle et que très peu de personnes perçoivent la technologie comme un moyen, pour certains, puissants, de faire aboutir un projet politique ou sociétal.

Ce « Why » dont tu parles provient donc d’une réelle interrogation : pourquoi avoir un tel accès à autant d’informations, et paradoxalement aussi peu de prise de recul sur un sujet comme l’impact des technologies, qui envahissent notre quotidien, la définition de ce que pourrait devenir l’homme et la société ?

La seconde raison c’est qu’en Europe personne ne se prépare au changement. Aucune vision, et donc aucune préparation. Nous ne disposons pas des acteurs qui changent le monde et pour couronner le tout, ils se disent (par peur de l’affronter?) qu’ils ont encore du temps devant eux. Même chose pour nous, y compris chez les entrepreneurs, nous hésitons entre impuissance, fatalisme et déni.

Au final, nous, Européens, sommes les grands absents du débat. Alors pourquoi ne pas prendre l’initiative et lancer un débat international où nous pourrions prendre le temps d’expliquer les enjeux de la technologie pour mieux la comprendre, de débattre sur les options sociétales disponibles et commencer à prendre des décisions pour agir concrètement sur les changements à venir. Parler c’est bien, agir, expérimenter, c’est mieux !

Ludovic : oui, on prend de meilleures décisions quand on comprend les enjeux. Je me rappelle du discours d’Eric Salobir, prêtre et extraordinaire conférencier, qui concluait à Monaco par : « Plutôt que de voir notre Société subir la technologie, posons-nous la question de savoir dans quelle Société voulons-nous vivre, et ainsi utiliser la technologie au service de Cette Société que nous désirons ».

Denis, pourquoi le nom DAYONE Movement ? Qu’est-ce que tu mets derrière ce nom ?

Denis : parce qu’il il faut être ambitieux sur le projet dès le départ, avec un nom fort qui appelle une grande énergie pour agir. Et finalement, ça ne coute pas plus cher d’être ambitieux, pour la même énergie investie, on peut obtenir de plus grands résultats !

D’ailleurs, tout le monde parle de révolution ; mais la véritable révolution, celle de l’IA associée à son amie la data et la puissance de calcul, est à venir. Pour le moment nous sommes juste dans une transition. Nous avons besoin de nous retrouver à une forme de « 1er jour », dans une nouvelle façon de voir le monde, à être prêt pour une véritable métamorphose.

Une transition, c’est quand on sait vers quoi on se dirige. Une métamorphose, c’est on ne sait pas vers quoi nous nous dirigeons ! Le Mouvement Day One, c’est d’éclairer la voie de la métamorphose pour en faire une transition.

Ludovic : clairement, la technologie bouleverse tout ce que l’on connait et si l’on avait demandé à quelqu’un il y a 100 ans de décrire le monde et l’économie que nous connaissons aujourd’hui, il y aurait des écarts.

Quelle est la vision et la mission partagées autour du DAYONE ?

Denis : la vision c’est de devenir le catalyseur mondial, de la réflexion et l’action, sur le monde digital dans lequel nous sommes entrés tête baissée. L’idée est d’être inclusif et de ne laisser personne sur le bord d’une société digitalisée. Utiliser les technologies pour donner un avenir à l’homme plutôt que l’en rendre prisonnier. Et le faire de façon éclairée, et non par moutonisme ou lâcheté.

Quant à la mission, c’est avant tout d’être présent ; être là pour accompagner le monde à comprendre ce qui se passe et comment agir pour s’adapter. Le DAYONE MOVEMENT, c’est offrir ce 1er jour où des forces puissantes se réunissent pour passer de la parole à l’acte !

Personne ne sait pas ce qui va se passer dans l’avenir, on connaît les tendances, mais nous sommes certains que le fait de réunir ceux qui veulent et peuvent agir, est une décision incontournable afin que les changements qui s’opèrent puissent être pensés et ainsi bénéfiques pour le plus de monde possible.

Il existe beaucoup d’initiatives et c’est très bien. Mais elles sont isolées et auront donc peu d’impact sue le monde. En se réunissant, en se coordonnant, on peut créer une synergie pour adresser des problématiques qui sont les mêmes pour tous, partout. Ce qu’il faut adapter, ce sont les solutions, car la variété des cultures appelle des mises en oeuvres différentes et adaptées. Il n’y a pas de solution à taille unique.

La mondialisation pose partout les mêmes défis (et opportunités), mais chercher des solutions uniques reviendrait à nier l’identité, à laquelle les peuples nous prouvent chaque jour, leur attachement viscéral.

Ludovic : en plaçant le sujet au niveau international on peut prendre du recul en s’affranchissant des notions de territoires et se concentrer sur l’Humanité. Cela me fait penser à cet astronaute qui a écrit ceci au retour d’une expédition Apollo Terre – Lune :

“Les 1ers jours, nous montrions nos propres pays.
Au 3ème et 4ème, notre continent.
Dès le 5ème jour, nous ne fîmes plus attention qu’à la seule Terre.”

Qui sont les grands acteurs qui ont embarqué à tes côtés et pourquoi sont-ils là ?

Denis : la réaction a été très enthousiaste, car les plus puissants mondiaux pouvaient enfin participer à un événement où l’on ne vient pas afficher un logo, mais rejoindre un mouvement où l’on vient marquer une envie de faire, de participer et témoigner de ses actions ; où, pour une fois, on demande du contenu, de la réalité, et pas d’affichage. Personne ne vient pour pitcher ses produits, mais pour tenir un rôle, s’engager.

Il ne s’agit donc pas d’un événement marketing pour vendre des produits, mais plutôt une convergence de ce à quoi l’individu aspire ; comment donner du sens, une vision à l’entreprise ? Cela permet de parler à la fois à l’individu au niveau des équipes, car il faut partir de l’individu, qui n’est pas “collectif” par nature, pour converger vers le “sens” que l’entreprise doit chercher à dégager tout en menant sa mission économique.

Je ne vais pas citer tout le monde, mais on peut prendre par exemple le Groupe Allianz pour qui la question était de savoir comment faire évoluer son modèle économique grâce aux hommes qui l’accompagnent.

Il y a également La Poste qui possède toujours cet ADN du service public. L’entreprise est au service des hommes. Le digital va-t-il permettre de continuer à le faire ?

Puis Accenture qui a mis en place un observatoire de l’évolution humaine, des métiers, qui est un sujet clé et une préoccupation de chacun.

On compte environ 30 partenaires et 70 speakers du monde entier qui ont répondu présent, et ce sont les grands patrons eux-mêmes qui se sont déplacés pour représenter leur Groupe.

Ludovic : pour un premier jour, c’est énorme comme participation !

Denis : oui, dans un évènement classique, marketing, on cherche à avoir un maximum de participants. La quantité prime ; alors que pour le Mouvement DAYONE, nombre de participants étaient là essentiellement pour être présent au DAYONE, pour marquer leur participation, leur implication, leur volonté d’action dès le premier jour de ce mouvement, afin qu’il réussisse.

Et c’est ça qui marque une culture d’entreprise. L’éthique prend de l’importance et c’est un très bon signal dans nos sociétés. Donc demain, si une entreprise veut attirer et retenir des talents, elle devra se donner un lieu d’expression intime et personnel sur la manière dont elle se comporte dans la Société. L’entreprise doit être prospère, mais elle doit devenir tout aussi profitable pour la Société dont elle est une part intégrante.

Ludovic : l’éthique devient de plus en plus un critère de décision, tant du côté client que du côté employé. L’éthique est d’ailleurs l’un des 3 piliers de l’expérience client (usage – émotion – éthique).

Denis : clairement, l’impact devient un marqueur pour cibler l’entreprise où aller travailler, pour choisir une marque, choisir un produit, ou conduire la politique d’une nation.

Ludovic : du coup comment cette mission va-t-elle prendre forme ? Quels sont les grands marqueurs dans le temps, géographiquement & quelles sont les thématiques qui vont être adressées ?

Denis : il faut rester sur les 3 besoins fondamentaux :

  • la santé, c’est notre thème « health & food »
  • le territoire, le thème « cities & territories »
  • et l’emploi, le thème « Futur of jobs »

Ce sont des sujets compris par 100% des gens, car ils nous concernent tous.

Ludovic : oui, et et ces thèmes sont tous concernés eux-mêmes par la technologie.

Comment faire à partir de là pour avoir un impact positif sur ces 3 thèmes ?

Denis : nous allons nous organiser en groupe de travail, comme on l’a déjà fait avec l’observatoire de l’ubérisation. Expérimenter sur le terrain, rendre compte, partager et généraliser.

Ludovic : le dispositif est rodé du coup

Denis : il va l’être:), et le but sera de comprendre comment on peut avoir un impact positif sur ces grands thèmes. Pour évoluer, il faut faire bouger toute la chaine de valeur. Il ne peut pas y avoir de changement si tous les acteurs d’une chaine ne sont pas concernés.

Les groupes vont donc investiguer sur les opportunités de changement et envisager les manières de travailler autrement, pour décloisonner les visions et les points de vue. C’est la différence que chacun va apporter qui va créer la richesse, en multipliant les prismes culturels.

Il s’agit ensuite de comprendre comment les emplois vont muter, apparaitre et disparaitre. Comment les populations vont saisir ces phénomènes qui bouleversent les modèles économiques ; les peuples doivent se voir offrir une vision dans laquelle ils ont un rôle à jouer, pour avoir confiance en l’avenir.

Ludovic : ok, ça c’est l’organisation. Pour les actions, ça se concrétise comment ?

Re-Skilling initiative

Denis : c’est le plus important ! On a appelé ça la « Re-Skilling initiative » ; il s’agit d’une Fondation qui sera dotée de 1Mds de dollars,  pour apprendre comment les emplois vont muter et aider les hommes à s’y adapter.

Tout le monde est concerné et cette Fondation va apprendre à savoir comment reconvertir les gens, ou bien prendre conscience que ce n’est pas possible! C’est ainsi que nous pourrons servir de signal d’alarme si l’on réalise que nous ne savons pas recréer ce qui sera détruit, dans quelles conditions et à quel endroit. 3 conditions essentielles.

Les étapes vont s’organiser autour de premières expérimentations pour ensuite venir en montrer des résultats concrets

  • par exemple pour une entreprise, quelles sont ses ambitions sociétales, quels objectifs & quels résultats sur la base des 3 grands thèmes du Mouvement DAYONE. Nous allons travailler le futur des “digital workers” dans un groupe mené au niveau mondial par Deliveroo, sur “l’impact investing” avec les plus grands de la finance mondiale, sur la qualité de l’alimentation avec Danone ou Fleury Michon, sur les territoires avec les collectivités et les sociétés de technologies…

Ludovic : j’adore. Quoi que tu entreprennes c’est orienté vers l’humain, c’est opérationnel et tu fédères les gens !

Denis : là, c’est l’intime qui rejoint le collectif. Pour organiser le DAYONE, tous les leaders ont réagit du corporate à l’individu. Des personnes se sont rejoint autour d’une motivation commune & qui dépasse la dimension financière d’une entreprise. C’est ça le « Why » dont tu parlais, et ça donne une force incroyable.

Ludovic : quels sont tes next step pour démarrer l’année ?

Denis : je prépare un voyage aux US. Pour lever 1 milliard il va falloir y passer un peu de temps ! Puis il y a la sortie du prochain livre « Pourquoi votre prochain patron sera chinois ? » sur la puissance de la Chine et notre faible réaction.

Ludovic : bien, 2019 n’est pas encore l’année du repos alors !! Denis, merci pour cette interview et encore bravo pour cette initiative du DAYONE !

Tout le monde peut revivre les 2 jours avec les vidéos de chaque speaker sur le site de DAYONE.

Denis : merci à toi Ludovic, tu es le bienvenu aux ateliers, pour agir avec nous.

 


Interview avec Denis Jacquet : la technologie au service d’un monde meilleur
This is DayOne

 

Liens à suivre :

http://www.denisjacquet.com
https://www.dayone-event.com